L’olivier Franc de Romains 11 : le peuple juif ou le Christ ? Focus sur la théologie du remplacement d’Israël par l’Église. Par Thomas

« Ne t’enorgueillis point, mais crains. Car si Dieu n’a point épargné les rameaux naturels, prends garde qu’il ne t’épargne pas non plus. » (Romains 11:20)

À l’aide de quelques sources exégétiques fiables, sérieuses et solides, ce court article se veut être une brève mise au point au sujet du fameux olivier franc dont parle Paul en Romains 11, olivier sur lequel, par la foi en Yéshoua (Jésus), les croyants viennent se greffer.

 

Cette mise au point est devenue nécessaire, dans la mesure où ça et là, plusieurs persévèrent dans un travestissement de l’Écriture et diffusent quelques interprétations fallacieuses qui en bout de course, une fois encore, mettent Israël de côté et méprisent le peuple juif afin d’appuyer et de donner du crédit à la tristement célèbre fausse et dangereuse théologie de la substitution.

Rappelons que les tenants de cette théologie interprètent de façon abusive quantité de textes de l’Ancien et du Nouveau testaments, dont notre verset de Romains 11, dans le but d’enseigner le rejet d’Israël par Dieu et son remplacement par l’Église, qui, selon cette théologie, serait le nouveau peuple de Dieu, le nouvel Israël. Faisant fi du mystère de l’endurcissement temporaire d’Israël voulu par Dieu « jusqu’à ce que la totalité des païens soit rentrée », les “substitutionistes” enseignent que Dieu aurait définitivement rejeté Israël pour se choisir un nouveau peuple : l’Église, “le nouvel Israël de Dieu”. Naturellement, dans cette théologie, les juifs ne peuvent être sauvés qu’en adhérant à l’Église chrétienne et à sa doctrine sans quoi ils seront damnés. Les théologiens du remplacement d’Israël par l’Église interprètent les nombreux textes prophétiques de façon à ce que partout où nous voyons une promesse faite à Israël, cela concernerait désormais l’Église, nouvel Israël, selon eux.

Nous aurons peut-être l’occasion de développer plus à fond ce sujet à l’avenir en nous appuyant sur des ouvrages d’érudits y faisant référence, mais pour l’heure, gardons à l’esprit qu’en plus de se heurter brutalement à quantité de textes des Écritures, un tel enseignement se heurte aussi à toute l’histoire même du peuple juif qui a vu la providence, les miracles et la main de Dieu les conduire dans ce long exil bimillénaire prophétisé qui touche enfin à sa fin puisqu’aujourd’hui même, de nos propres yeux, nous assistons à la spectaculaire et récente résurrection de l’État d’Israël. Ce retour par millions des juifs dans leur pays ancestral atteste, envers et contre tous, la fin du grand exil biblique, en conformité exacte avec les paroles antiques des Saints Prophètes du Seigneur de Toute la Terre. Assurément, l’Éternel ne se conduirait pas avec tant d’attention, d’évidence et d’amour envers un peuple rejeté et abandonné…

Le retour des juifs sur leur terre permet de donner le coup de grâce à cette fausse doctrine du remplacement d’Israël par l’Église : l’Écriture est formelle lorsqu’elle déclare que seuls les juifs faisant partie du véritable Israël devaient être exilés aux 4 coins du monde pendant longtemps pour enfin revenir sur leur terre. Sans trop d’efforts, tout le monde peut aisément en faire le constat : Notamment, depuis la renaissance miraculeuse en 1948 de l’État d’Israël, ce n’est pas l’Église dont le siège est établi à Rome, qui actuellement revient en terre d’Israël, mais il s’agit bel et bien des véritables juifs dont la capitale a toujours été, est et sera encore Jérusalem. Donald Trump, utilisé par la Providence, nous l’a très bien rappelé récemment : Jérusalem, capital d’Israël !

De la même façon, actuellement, ce ne sont pas les chrétiens qui parlent couramment la langue hébraïque biblique, ce sont bien les juifs. Dans le plan divin, les chrétiens ont bien évidemment leur place et un rôle précieux à jouer (s’ils ne s’enorgueillissent pas), mais il est indispensable de rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu : comme annoncé par la bouche des saints prophètes, la terre d’Israël, depuis peu, refleuri en partie, redonne ses fruits et voit des villes se rebâtir en son sein, et cela, depuis l’arrivée récente du peuple juif. Il est impossible d’en dire autant pour aucun autre peuple.

Malgré tout, cette doctrine erronée et dangereuse de la substitution a imprégné l’Église officielle ces 2000 dernières années jusqu’à ce qu’enfin, l’Église catholique elle-même finisse par reconnaître plus ou moins ouvertement son erreur. Mais 2000 ans d’erreur ne peuvent hélas pas s’effacer aussi facilement des mentalités, et l’expérience sur le terrain en est la stricte démonstration : cette doctrine du rejet définitif d’Israël imprègne, aujourd’hui encore, la pensée et l’esprit de beaucoup de croyants, qu’ils soient catholiques, protestants ou musulmans.

Fait intéressant à noter : il est dans la justice de Dieu de rendre mesure pour mesure, chacun en convient. Le monde chrétien ayant fait de la théologie de la substitution sa théologie principale avec la prétention délirante de succéder et de remplacer les juifs et le judaïsme, il est normal et juste, qu’une autre religion, l’Islam, ait surgi peu de temps après sur la scène mondiale, avec la prétention, elle aussi, de remplacer et de succéder au christianisme. Que ceux qui ont un cœur pour comprendre comprennent.

Reprenons les quelques versets clés de Romains 11 :

« Or, si les prémices sont saintes, la masse l’est aussi; et si la racine est sainte, les branches le sont aussi. 17 Mais si quelques-unes des branches ont été retranchées, et si toi, qui étais un olivier sauvage, tu as été enté à leur place, et rendu participant de la racine et de la graisse de l’olivier, 18 ne te glorifie pas aux dépens de ces branches. Si tu te glorifies, sache que ce n’est pas toi qui portes la racine, mais que c’est la racine qui te porte. » (v. 16-18)

[…]

Ne t’abandonne pas à l’orgueil, mais crains; 21 car si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, il ne t’épargnera pas non plus. (v. 20-21)

[…]

Si toi, tu as été coupé de l’olivier naturellement sauvage, et enté contrairement à ta nature sur l’olivier franc, à plus forte raison eux seront-ils entés selon leur nature sur leur propre olivier. » (v. 24)

Sur ces versets, plusieurs enseignent que l’olivier dont parle Paul ne concerne absolument pas Israël, mais le Messie. Ne pas être greffé sur un olivier figurant Israël arrange évidemment les théologiens de la substitution, toujours ravis d’écarter les juifs.

Bien malheureux celui qui tente d’expliquer et de dogmatiser sa propre compréhension des Saintes Écritures tout en oubliant la judaïté totale de Paul, ce juif de naissance, élevé dans la Torah exacte de ses pères, au pied de ce sage d’Israël nommé Gamaliel. Étant baigné depuis sa tendre enfance dans le judaïsme, Paul parle avec une pensée et une connaissance aiguisée et imprégnée de l’interprétation juive des Écritures : mettre de côté cet aspect important de l’apôtre, c’est se préparer toutes sortes de maux selon qu’il est dit quelque part : « Ils ne recommandent à personne d’enseigner, à moins qu’il n’apprenne d’abord Comment les Écritures Doivent être Utilisées. » (Homélie fidèle à la Torah, lettre de Pierre à Jacques 1:6)

Le Théologien juif, David H. Stern, explique une chose simple et pertinente pour notre étude :

« Le Nouveau Testament décrit également des événements formateurs parmi les premiers partisans juifs et païens de Yeshoua et explique clairement comment cette nouvelle communauté Messianique ou « Église » est liée au peuple juif. Contrairement à une certaine théologie chrétienne, le Nouveau Testament ne dit jamais que la communauté Messianique (Église) remplace le peuple juif en tant que peuple de Dieu. Il ne dit pas non plus que la communauté Messianique vit parallèlement aux Juifs comme second peuple éternel de Dieu avec une destinée et des promesses séparées. La relation entre les deux est beaucoup plus complexe: les Gentils (Païens) ont été greffés comme des « branches d’olivier sauvage », sur un « olivier cultivé » juif et certaines de ces branches ont été « cassées », mais un jour, elles seront « greffées à nouveau sur leur propre olivier », dans le but qu’à la fin, « tout Israël soit sauvé ». C’est sur cette base que l’unité sera restaurée entre la communauté messianique et le peuple juif. » (David H. Stern, sur Romains 11, “le Nouveau Testament, un livre juif”).

La chose est en réalité simple et entendue : dans la parabole de l’olivier en Romains 11, Paul parle d’un olivier cultivé par opposition à un olivier sauvage dans la mesure où, bercé dans la connaissance de la loi et des prophètes, Paul réemploie une appellation et une image utilisée entre autres par le prophète Jérémie qui parle dans les mêmes termes d’Israël. Au travers de son prophète, Dieu parle d’Israël comme « un Olivier verdoyant, remarquable par la beauté de son fruit » (Jérémie 11:16)

L’olivier, ainsi que la vigne et le figuier sont des symboles connus du peuple d’Israël. Ainsi que le font remarquer plusieurs, l’olivier, très répandu en Israël, est un arbre que l’on peut raser, que le feu peut ravager, que la vieillesse peut creuser ou faire pourrir, mais dès qu’il flaire l’eau, la souche fera pousser vers le ciel des rejetons (netzer נצר) pleins de vigueur. Bien que paraissant morts, les oliviers, comme ceux que l’on voit au Jardin de Gethsémané, peuvent vivre jusqu’à 2000 ans. Même si le tronc meurt, l’olivier résiste aux ravages du temps. Plus qu’aucun arbre, il tire sa vie de sa racine. Voilà pourquoi aujourd’hui, plus que jamais, la nation est représentée par ce symbole puisqu’elle est actuellement en train de revivre par ses racines et forme des rejetons.

Fait marquant : malgré les ravages du temps, l’olivier peut vivre jusqu’à 2000 ans et plus, ce qui correspond précisément à la durée de l’Exil des juifs aux 4 coins du monde sans qu’ils n’aient pour autant disparus, à l’instar de l’olivier qui les représente. Mais également, l’olivier a un feuillage persistant qui dure tant durant l’été que durant l’hiver, et là encore, la comparaison frappe l’œil : après le très long hiver d’un exil de plus de 2000 ans doublé d’une terrible shoah, l’olivier a encore ses feuilles ! N’importe quel autre peuple, sans la force de l’olivier, n’aurait pas survécu.

Dans la continuité de ce qui vient d’être dit, les sages d’Israël, dans le traité Avot, enseignent une chose complémentaire et fondamentale qui reprend le verset 11:16 de Jérémie vu précédemment :

« C’est par la souffrance que Dieu éduque ceux qu’il aime ». La Torah orale nous montre par une parabole que c’est par la souffrance et les épreuves qu’Israël est conduit, lentement mais sûrement, vers l’avenir que Dieu lui a destiné : « Pourquoi le peuple d’Israël est-il comparé (Jérémie 11:16) à un olivier ? C’est parce que, de même que l’olive ne livre son suc précieux que par presse, de même Israël ne revient à Dieu que par la souffrance ».

Nous sommes d’accord, les sages d’Israël aussi et Paul dans Romains 11 avec nous : Israël est comparé à un olivier franc (d’autres comparaisons ne sont pas forcément fausses dès lors qu’elles n’excluent pas celle-ci).

Reprenons le verset de Jérémie 11 :16, notamment la fin du verset :

« Olivier verdoyant, remarquable par la beauté de son fruit, tel est le nom que t’avait donné l’Eternel.

Au bruit d’un grand fracas, il l’embrase par le feu, et ses branches sont brisées. »

Sur ce passage, le théologien Jacques Ellul explique :

« De la place est donc faite sur ce tronc dont les branches ont été arrachées, et l’on arrive, alors, à la grande image de la greffe [dont parle Paul en Romains 11] : de l’olivier franc et de l’olivier sauvage !

La racine, ce seraient les patriarches. Mais le tronc, c’est Israël; l’Israël du temps de Paul et aussi de notre temps ! C’est Israël qui reste l’olivier donneur de fruits (elaia, Kallie-laios). Et c’est le paganisme qui est l’olivier sauvage. »

La conclusion est sans appel : Paul, nous parle donc de deux oliviers, un franc (cultivé) et un sauvage afin de figurer deux entités : Israël et les nations. Il est donc clair qu’ici, Paul ne voit pas l’Olivier comme étant le Messie, mais bien comme étant l’olivier cultivé mentionné en Jérémie 11:16. Pour appuyer cette réalité, la dernière partie du verset nous parle explicitement des fameuses branches retranchées dont parle Paul en Romains 11 :

Jérémie 11:16 : « Olivier Verdoyant [franc, cultivé], Au bruit d’un grand fracas, il l’embrase par le feu, et ses branches sont brisées. »

Romains 11, sur l’Olivier Franc [verdoyant] : Mais si quelques-unes des branches ont été retranchées […] » 

Jacques Ellul continue :

«  Lorsque nous considérons les énormes déviations de toutes les Églises, de toutes les démonstrations, nous devons honnêtement nous poser la question: est-ce que devant Dieu nous existons encore ? Lorsque nous assistons, dans maintes églises, à un rejet, parfois à une haine du peuple juif et d’Israël, nous devons honnêtement nous poser la question: sommes-nous toujours greffés sur le véritable tronc ? « Ne regarde pas le juif de haut, mais crains ! »

Maintenant, nous savons que l’Esprit catholique répandu dans le protestantisme fut malheureusement très habile pour transformer les textes en vue d’évacuer Israël… Comme dirait une sœur,

« Le christianisme a créé son propre arbre, totalement sauvage et poussant de travers, complètement malade ».

Le problème est assurément à ce niveau là. La Réforme est loin d’être terminée, très loin.

Il n’est évidemment pas faux de voir aussi le Messie dans l’olivier, mais vouloir évacuer Israël pour ne voir que le Messie et/ou l’Église est une perversion anti-juive et une preuve de mauvaise foi évidente et d’un problème réel avec Israël. Israël et le Messie, prophétiquement, sont très intimement liés et partagent un même destin complexe et intimement lié.

De plus, dans le cas où nous voudrions absolument dire que le tronc représente le corps du Messie, l’olivier fait donc là encore référence au peuple de Dieu, le peuple d’Israël puisque l’assemblée d’Israël forme le corps du Messie : lorsque Paul parle, dans ses épitres, du corps du Messie, il ne fait que réutiliser et rappeler les enseignements des sages qui parlent d’Israël en tant que “personne corporative” dont la tête est le Mashia’h.

En définitive, nous avons le droit de voir le Messie dans l’olivier Franc, le Messie étant mystérieusement relié à toute chose, mais au vu du contexte de Romains 11, cette interprétation doit rester secondaire.

Toute interprétation qui en profiterait pour venir évincer Israël selon la chair est encore contaminée par cette influence millénaire d’un christianisme qui semble être aussi voilé sur le mystère d’Israël que ne l’est Israël sur le mystère du Messie Yéshoua. Chacun possède un voile qui lui est propre et le jour où l’Église et Israël admettront la présence de ce voile sur leur tête, alors il leur sera ôté par le Messie Lui-même.

L’Éternel, dans le cadre de Son dessein parfait, a semble-t-il jugé bon de déposer ce voile sur la tête de chacun pour accomplir tout le conseil de sa volonté prévu depuis le commencement, afin que le monde soit sauvé. Mais Dieu n’a-t-Il pas voulu qu’un jour prochain, Ses deux peuples qui n’en font qu’un, enfin débarrassé de leur voile respectif, puisse comprendre qu’ils forment un seul corps dans une complémentarité salutaire ?

Nous semblons nous diriger dans cette direction, grâce à Dieu et en dépit de cette résistance provenant d’un certain nombre de juifs et de non juifs encore voilés et tellement attachés à ce qui divise plutôt qu’à ce qui rassemble : lorsque ces tensions disparaîtront pour laisser place à l’union véritable des juifs et des non juifs, dans leurs différences, tous unis dans la Torah et la foi en Yéshoua le Messie, alors avec tous ceux qui aspirent à la délivrance, nous pourrons dire : “C’est pas trop tôt : le voile est enfin ôté, le monde écoute et comprend enfin la Parole du Mashia’h”« afin qu’ils soient un comme nous sommes un,- moi en eux, et toi en moi,-afin qu’ils soient parfaitement un, et que le monde connaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. » (Jean 17:22). La guéoula (délivrance) est très proche et il est bien possible que cela soit pour « aujourd’hui, si nous entendons Sa voix »

Thomas.

Laisser un commentaire