A vous qui êtes concernés par la relation d’aide, nous aimerions vous communiquer quelques passages d’un livre qui traite d’une souffrance qui s’étend malheureusement dans notre monde actuel, dans le milieu du travail et dans la vie courante : souffrance où l’on retrouve à  la fois, le transfert, le harcèlement moral et l’abus de pouvoir.

Ce livre s’appelle  » Le harcèlement moral  » de Marie France HIRIGOYEN aux éditions Pocket.

Marie France HIRIGOYEN, Docteur en médecine, s’est ensuite spécialisée en psychiatrie (psychanalyste, psychothérapeute familiale)     son livre, qui connaît un immense succès, est traduit dans 22 pays.

Extraits de l’introduction du livre

Qu’ai-je fait pour mériter un tel châtiment?

 » Un mot qui vient bien, ça peut tuer ou humilier, sans qu’on se salisse les mains… « 

Pierre DESPROGES

 » Dans la vie, il est des rencontres stimulantes qui nous incitent à  donner le meilleur de nous-mêmes. Il est aussi des rencontres qui nous minent et qui peuvent finir par nous briser. Un individu peut réussir à  en démolir un autre par un processus de harcèlement moral. Il arrive même que l’acharnement se termine par un véritable meurtre psychique. Nous avons tous été témoins d’attaques perverses à  un niveau ou à  un autre, que ce soit dans le couple, dans les familles, dans les entreprises ou bien dans la vie politique et sociale. Pourtant, notre société se montre aveugle devant cette forme de violence indirecte. Sous prétexte de tolérance, on devient complaisant.

Les méfaits de la perversion morale constituent d’excellents sujets de films (Les Diaboliques d’Henri-Georges Clouzot, 1954) ou de romans noirs et, dans ce cas, dans l’esprit du public, il est clair qu’il s’agit de manipulation perverse. Mais dans la vie quotidienne nous n’osons pas parler de perversité.

Dans le film Tatie Danièle d’Etienne Chatiliez (1990), nous nous amusons des tortures morales qu’une vieille dame inflige à  son entourage. Elle commence par martyriser sa vieille employée de maison au point de la faire mourir,  » par accident « . Le spectateur se dit:  » C’est bien fait pour elle, elle était trop soumise!  » Ensuite, elle déverse sa méchanceté sur la famille de son neveu, qui l’a recueillie. Le neveu et sa femme font tout ce qu’ils peuvent pour la combler, mais plus ils donnent, plus elle se venge.

Pour cela, elle utilise un certain nombre de techniques de déstabilisation habituelles chez les pervers, les allusions malveillantes, le mensonge, les humiliations. On s’étonne que les victimes ne prennent pas conscience de cette manipulation. Elles essaient de comprendre et se sentent responsables :  » Qu’avons- nous fait pour qu’elle nous déteste autant?  » Tatie Danièle ne pique pas de colères, elle est seulement froide, méchante; pas d’une façon ostensible qui pourrait lui mettre à  dos son entourage: non, simplement à  petites touches déstabilisantes difficiles à  repérer. Tatie Danièle est très forte : elle retourne la situation en se plaçant en victime, mettant les membres de sa famille en position de persécuteurs qui ont abandonné seule une vieille femme de quatre-vingt-deux ans, enfermée dans un appartement, avec pour seule nourriture des aliments pour chien. Dans cet exemple cinématographique plein d’humour, les victimes ne réagissent pas par un passage à  l’acte violent comme cela pourrait se produire dans la vie courante; elles espèrent que leur gentillesse finira par trouver un écho et que leur agresseur s’adoucira. C’est toujours le contraire qui se produit car trop de gentillesse est comme une provocation insupportable. Finalement, la seule personne qui trouve grâce aux yeux de Tatie Danièle est une nouvelle venue qui la  » mate « . Elle a trouvé enfin un partenaire à  sa hauteur et une relation quasi amoureuse se met en place.

Si cette vieille femme nous amuse et nous émeut tant, c’est qu’on sent bien qu’autant de méchanceté ne peut venir que de beaucoup de souffrance. Elle nous apitoie comme elle apitoie sa famille et, par là  même, nous manipule comme elle manipule sa famille. Nous, les spectateurs, n’avons aucune pitié pour les pauvres victimes qui paraissent bien bêtes. Plus Tatie Danièle est méchante, plus les partenaires familiaux deviennent gentils et donc insupportables à  Tatie Danièle, mais aussi à  nous-mêmes.

Il n’en reste pas moins que ce sont des attaques perverses. Ces agressions relèvent d’un processus inconscient de destruction psychologique, constitué d’agissements hostiles évidents ou cachés, d’un ou de plusieurs individus, sur un individu désigné, souffre-douleur au sens propre du terme. Par des paroles apparemment anodines, par des allusions, des suggestions ou des non-dits, il est effectivement possible de déstabiliser quelqu’un, ou même de le détruire, sans que l’entourage intervienne. Le ou les agresseurs peuvent ainsi se grandir en rabaissant les autres, et aussi s’éviter tout conflit intérieur ou tout état d’âme, en faisant porter à  l’autre la responsabilité de ce qui ne va pas:  » Ce n’est pas moi, c’est l’autre qui est responsable du problème!  » Pas de culpabilité, pas de souffrance. Il s’agit là  de perversité au sens de la perversion morale.

Un processus pervers peut être utilisé ponctuellement par chacun de nous. Cela ne devient destructeur que par la fréquence et la répétition dans le temps. Tout individu  » normalement névrosé  » présente à  certains moments des comportements pervers, par exemple dans un moment de colère, mais il est aussi capable de passer à  d’autres registres de comportement (hystérique, phobique, obsessionnel…), et ses mouvements pervers sont suivis d’un questionnement. Un individu pervers est constamment pervers; il est fixé dans ce mode de relation à  l’autre et ne se remet en question à  aucun moment. Même si sa perversité passe inaperçue un certain temps, elle s’exprimera dans chaque situation où il aura à  s’engager et à  reconnaître sa part de responsabilité, car il lui est impossible de se remettre en question. Ces individus ne peuvent exister qu’en  » cassant  » quelqu’un: il leur faut rabaisser les autres pour acquérir une bonne estime de soi, et par là  même acquérir le pouvoir, car ils sont avides d’admiration et d’approbation. Ils n’ont ni compassion ni respect pour les autres puisqu’ils ne sont pas concernés par la relation. Respecter l’autre, c’est le considérer en tant qu’être humain et reconnaître la souffrance qu’on lui inflige.

La perversion fascine, séduit et fait peur. On envie parfois les individus pervers, car on les imagine porteurs d’une force supérieure qui leur permet d’être toujours gagnants.

Effectivement, ils savent naturellement manipuler, ce qui semble un atout dans le monde des affaires ou de la politique. On les craint également car on sait instinctivement qu’il vaut mieux être avec eux que contre eux. C’est la loi du plus fort. Le plus admiré est celui qui sait jouir le plus et souffrir le moins. De toute façon, on fait peu de cas de leurs victimes, qui passent pour faibles ou pas très malignes, et, sous prétexte de respecter la liberté d’autrui, on peut être amené à  être aveugle sur des situations graves. En effet, une tolérance actuelle consiste à  s’abstenir d’intervenir dans les actions et dans les opinions d’autres personnes alors même que ces opinions ou actions nous paraissent déplaisantes ou même moralement répréhensibles.

De même, nous avons une indulgence inouïe à  l’égard des mensonges et des manipulations des hommes de pouvoir. La fin justifie les moyens. Mais jusqu’où est-ce acceptable? Est-ce qu’ainsi nous ne risquons pas de nous trouver nous-mêmes complices, par indifférence, en perdant nos limites ou nos principes?

La tolérance passe nécessairement par l’instauration de limites clairement définies. Or, ce type d’agression consiste justement en un empiétement sur le territoire psychique d’autrui. Le contexte socio-culturel actuel permet à  la perversion de se développer parce qu’elle y est tolérée. Notre époque refuse l’établissement de normes. Mettre une limite en nommant une  » manipulation perverse  » est assimilé à  une intention de censure. Nous avons perdu les limites morales ou religieuses qui constituaient une sorte de code de civilité et qui pouvaient nous faire dire:  » Cela ne se fait pas!  » Nous ne retrouvons notre capacité à  nous indigner que quand les faits apparaissent sur la scène publique, relayés et amplifiés par les médias. Le pouvoir ne met pas de cadre et se décharge de ses responsabilités sur les gens qu’il est censé diriger ou aider.

Les psychiatres eux-mêmes hésitent à  nommer la perversion ou, quand ils le font, c’est soit pour exprimer leur impuissance à  intervenir, soit pour montrer leur curiosité devant l’habileté du manipulateur.

La définition même de perversion morale est contestée par certains qui préfèrent parler de psychopathie, vaste fourre-tout où ils tendent à  mettre tout ce qu’ils ne savent pas soigner. La perversité ne provient pas d’un trouble psychiatrique mais d’une froide rationalité combinée à  une incapacité à  considérer les autres comme des êtres humains. Un certain nombre de ces pervers commettent des actes délictueux pour lesquels ils sont jugés, mais la plupart usent de leur charme et de leurs facultés d’adaptation pour se frayer un chemin dans la société en laissant derrière eux des personnes blessées et des vies dévastées.

Psychiatres, juges, éducateurs, nous nous sommes tous fait piéger par des pervers qui se faisaient passer pour victimes. Ils nous avaient donné à  voir ce que nous attendions d’eux, pour mieux nous séduire, et nous leur avions attribué des sentiments névrotiques. Quand ils se sont ensuite montrés sous leur vrai jour en affichant leurs objectifs de pouvoir, nous nous sommes sentis trompés, bafoués, parfois même humiliés. Cela explique la prudence des professionnels à  les démasquer. Les psychiatres disent entre eux:  » Attention, c’est un pervers! « , sous-entendu:  » C’est dangereux  » et aussi:  » On n’y peut rien.  » On renonce ainsi à  aider les victimes. Bien sûr, nommer la perversion est quelque chose de grave, on réserve ce terme le plus souvent à  des actes d’une grande cruauté, inimaginables même pour des psychiatres, comme les méfaits des tueurs en série. Pourtant, que l’on évoque les agressions subtiles dont je vais parler dans ce livre, où que l’on parle des tueurs en série, il s’agit de  » prédation « , c’est-à -dire d’un acte qui consiste à  s’approprier la vie. Le mot pervers choque, dérange. Il correspond à  un jugement de valeur, et les psychanalystes se refusent à  émettre des jugements de valeur. Est-ce que pour autant ils doivent tout accepter?

Ne pas nommer la perversion est un acte encore plus grave, puisque c’est alors laisser la victime démunie, agressée et agressable à  merci.

Dans ma pratique clinique en tant que psychothérapeute, j’ai été amenée à  entendre la souffrance des victimes et leur impuissance à  se défendre. Je montrerai dans ce livre que le premier acte de ces prédateurs consiste à  paralyser leurs victimes pour les empêcher de se défendre. Ensuite, même si elles essaient de comprendre ce qui leur arrive, elles n’ont pas les outils pour le faire. Aussi, en analysant la communication perverse, j’essaierai de démonter le processus qui lie l’agresseur et l’agressé, afin d’aider les victimes ou futures victimes à  sortir des filets de leur agresseur. Lorsque les victimes ont voulu se faire aider, il se peut qu’elles n’aient pas été entendues. Il n’est pas rare que des analystes conseillent aux victimes d’un assaut pervers de rechercher en quoi elles sont responsables de l’agression qu’elles subissent, en quoi elles l’ont bien voulu, même si ce n’est qu’inconsciemment. En effet, la psychanalyse ne considère que l’intrapsychique, c’est-à -dire ce qui se passe dans la tête d’un individu, et ne tient pas compte de l’environnement : elle ignore donc le problème de la victime considérée comme complice masochiste. Lorsque des thérapeutes ont néanmoins essayé d’aider les victimes, il se peut que, par leur réticence à  nommer un agresseur et un agressé, ils aient renforcé la culpabilité de la victime et, par là  même, aggravé son processus de destruction. Il m’apparaît que les méthodes thérapeutiques classiques ne sont pas suffisantes pour aider ce type de victimes. Je proposerai donc des outils plus adaptés, qui tiennent compte de la spécificité de l’agression perverse.

Il ne s’agit pas de faire ici le procès des pervers « ”- d’ailleurs ils se défendent bien tout seuls -, mais de tenir compte de leur nocivité, de leur dangerosité pour autrui, afin de mieux permettre aux victimes ou aux futures victimes de se défendre. Même si l’on considère, très justement, la perversion comme un aménagement défensif (défense contre la psychose ou contre la dépression), cela n’excuse pas les pervers pour autant. Il existe des manipulations anodines qui laissent juste une trace d’amertume ou de honte d’avoir été dupé, mais il existe aussi des manipulations beaucoup plus graves qui touchent à  l’identité même de la victime et qui sont des questions de vie ou de mort.

Il faut savoir que les pervers sont dangereux directement pour leurs victimes, mais aussi indirectement pour l’entourage en l’entraînant à  perdre ses repères et à  croire qu’il est possible d’accéder à  un mode de pensée plus libre aux dépens d’autrui…. « 

Quelques extraits du livre

Les pervers entrent en relation avec les autres pour les séduire. On les décrit souvent comme des personnes séduisantes et brillantes. Une fois le poisson attrapé, il faut seulement le maintenir accroché tant qu’on en a besoin. Autrui n’existe pas, il n’est pas vu, pas entendu, il est seulement « utile ». Dans la logique perverse, il n’existe pas de notion de respect de l’autre. (p156)

Les pervers ne s’intéressent pas aux émotions complexes des autres. Ils sont imperméables à  l’autre et à  sa différence, sauf s’ils ont le sentiment que cette différence peut les déranger. C’est le déni total de l’identité de l’autre… (p157)

La force des pervers est leur insensibilité.

Ils ne connaissent aucun scrupule d’ordre moral. Ils ne souffrent pas…. (p157)

L’efficacité de leurs attaques tient au fait que la victime ou l’observateur extérieur n’imaginent pas qu’on puisse être à  ce point dépourvu de sollicitude ou de compassion devant la souffrance de l’autre. (p157)

Dans la stratégie perverse, il ne faut pas d’abord détruire l’autre, mais le soumettre petit à  petit et le garder à  disposition. Il importe de conserver le pouvoir et de contrôler. Les manoeuvres sont d’abord anodines mais deviennent de plus en plus violentes si le partenaire résiste. Si celui-ci est trop docile, le jeu n’est pas excitant. II faut qu’il y ait suffisamment de résistance pour que le pervers ait envie de poursuivre la relation, mais pas trop pour qu’il ne se sente pas menacé. C’est lui qui doit mener le jeu. L’autre n’est qu’un objet qui doit rester à  sa place d’objet, un objet utilisable et non un sujet interactif. Les victimes décrivent toutes une difficulté à  se concentrer sur une activité lorsque leur persécuteur est à  proximité. Celui-ci offre à  l’observateur l’air de la parfaite innocence. Un grand décalage s’installe entre son confort apparent et le malaise et la souffrance des victimes.(p114)

L’agression est perpétrée par le refus de nommer ce qui se passe, de discuter, de trouver ensemble des solutions. S’il s’agissait d’un conflit ouvert, la discussion serait possible et une solution pourrait être trouvée. Mais dans le registre de la communication perverse, il faut avant tout empêcher l’autre de penser, de comprendre, de réagir. Se soustraire au dialogue est une façon habile d’aggraver le conflit, tout en l’imputant à  l’autre. Le droit d’être entendu est refusé à  la victime. Sa version des faits n’intéresse pas le pervers, qui refuse de l’écouter. (p118)

Le refus de dialogue est une façon de dire, sans l’exprimer directement avec des mots, que l’autre ne vous intéresse pas ou même qu’il n’existe pas. Avec n’importe quel autre interlocuteur, si on ne comprend pas, on peut poser des questions. Avec les pervers, le discours est tortueux, sans explication, et conduit à  une aliénation mutuelle. On est toujours à  la limite de l’interprétation. Devant le refus de communication verbale directe, il n’est pas rare que la victime ait recours aux  courriers. Elle écrit des lettres pour demander des explications sur le rejet qu’elle perçoit, puis, n’ayant pas de réponse, elle écrit à  nouveau, cherchant ce qui, dans son comportement, aurait pu justifier une telle attitude. Il se peut qu’elle finisse par s’excuser de ce qu’elle aurait pu faire, consciemment ou non, pour justifier l’attitude de son agresseur.(118)

Lorsque la victime exprime ce qu’elle ressent, il faut la faire taire.

C’est une phase de haine à  l’état pur, extrêmement violente, faite de coups bas et d’injures, de paroles qui rabaissent, humilient, tournent en dérision tout ce qui appartient en propre à  l’autre. Cette armure de sarcasme protège le pervers de ce qu’il craint le plus, la communication. Dans son souci d’obtenir un échange à  tout prix, l’autre s’expose. Plus il s’expose, plus il est attaqué, et plus il souffre.

 

Même avec le temps, le pervers ne renoncera pas à  cette haine. C’est une évidence pour lui :  » Parce que c’est comme ça! « , même si les motifs de cette haine sont incohérents pour tout autre. Quand il justifie cette haine, c’est par une persécution de l’autre, qui le placerait lui en état de légitime défense. Comme chez les paranoïaques, apparaissent alors chez lui des idées de préjudice ou de persécution, une anticipation sur les réactions de défense attendues amenant à  des conduites délictueuses, et un fonctionnement procédurier. Tout ce qui ne va pas est la faute des autres qui sont unis dans un projet contre lui. (p140-141)

Par un phénomène de projection, la haine de l’agresseur est à  la mesure de la haine qu’il imagine que sa victime lui porte. Il la voit comme un monstre destructeur, violent, néfaste. Dans la réalité, la victime, à  ce stade, n’arrive à  éprouver ni haine ni colère, ce qui pourtant lui permettrait de se protéger. L’agresseur lui attribue une intentionnalité mauvaise et il anticipe en agressant le premier. La victime est de toute façon coupable, en permanence, de délit d’intention. Cette haine, projetée sur l’autre, est pour le pervers narcissique un moyen de se protéger de troubles qui pourraient être plus grands, du registre de la psychose. (141)

En surface, on ne voit rien ou presque rien. C’est un cataclysme qui vient faire imploser les familles, les institutions ou les individus. La violence est rarement physique, et dans ce cas, elle est la conséquence d’une réaction trop vive de la victime.

En cela, il s’agit d’un crime parfait. (p142)

Un pervers sait jusqu’où il peut aller, il sait mesurer sa violence. S’il sent qu’en face de lui on réagit, il fait habilement marche arrière. L’agression est distillée à  petites doses lorsqu’il y a des témoins. Si la victime réagit et tombe dans le piège de la provocation en haussant le ton, c’est elle qui paraît agressive et l’agresseur se pose en victime. (p143)

C’est également une violence asymétrique. Dans la violence symétrique, les deux adversaires acceptent la confrontation et la lutte. Là , au contraire, celui qui met en acte la violence se définit comme existentiellement supérieur à  l’autre, ce qui est généralement accepté par celui qui reçoit la violence. Ce type de violence insidieuse a été qualifiée de  » violence punition  » par Reynaldo Perrone’.

Dans ce cas, il n’y a pas de pause, pas de réconciliation, ce qui rend cette violence masquée, intime, verrouillée. Aucun des acteurs n’en parle à  l’extérieur. Celui qui inflige la souffrance à  l’autre considère qu’il la mérite et qu’il n’a pas le droit de se plaindre. Si la victime réagit et cesse par là  même de se comporter en objet docile, elle est considérée comme menaçante ou agressive.

Celui qui était au départ initiateur de la violence se pose en victime. La culpabilité interrompt la réaction défensive de la victime. Toute réaction d’émotion ou de souffrance entraîne, chez l’agresseur, une escalade de violence ou une manoeuvre de diversion (indifférence, fausse surprise…) (p144)

Le pervers essaie de pousser sa victime à  agir contre lui pour ensuite la dénoncer comme « mauvaise ». Ce qui importe, c’est que la victime paraisse responsable de ce qui lui arrive. (p145)

Elle est prise dans une double entrave et, quoi qu’elle fasse, elle ne peut s’en sortir. Si elle réagit, elle est génératrice du conflit. Si elle ne réagit pas, elle laisse se répandre la destruction mortifère (p146)

« Le pervers narcissique » abuse de ses fonctions et du crédit qu’on lui attribue. Sa volonté est d’obtenir le pouvoir à  n’importe quel prix. Il en fait un sport, un but en soi, une raison de vivre. C’est chez lui, une seconde nature, un mode de vie. Il vampirise ses victimes pour exister. L’Autre lui sert uniquement de marchepied ou de faire-valoir pour arriver à  ses fins….

…Il divise pour mieux régner. Il érige des barrières autour de sa victime, l’isolant, faisant le vide autour d’elle. Le système est minutieusement mis en place. Gagnant du terrain pas à  pas, le bourreau fera passer sa victime pour folle, si celle-ci se rebelle.

Il l’a pousse d’ailleurs à  réagir violemment, afin d’entériner ce dont il l’accuse : il est victime d’une provocatrice, d’une hystérique (selon un diagnostic imparable). Il se réfère à  des tableaux cliniques bien connus, qu’il a pris soin de mettre en scène. Comme il ne laisse aucun témoin de ses attaques discrètes, de ses paroles subliminales ou contradictoires, aucun témoignage ne sera possible. Il se constitue d’ailleurs un réseau d’alliés qu’il persuade de sa bonne foi. C’est sa (bonne) parole contre la vôtre.

Pour le  » harcelé « , la seule issue devant une telle solitude et une telle incompréhension de l’entourage, peut être la paranoïa ou la mort. « 

Constatations extraites de divers documents et témoignages

Le pervers est celui qui utilise l’autre.

Il est intelligent au détriment de l’affectif.

Il réussit bien. Il aime réussir et être admiré.

Le pervers entre en relation pour séduire. Il commence par séduire, vous dit vos qualités etc…discours agréables.

Il se rehausse en cassant autrui, il jouit du mal des autres, ça lui donne l’impression d’être fort. Il se grandit en faisant

Il culpabilise l’autre et ne se remet jamais en

Les contacts avec lui tournent toujours

Les victimes sont généreuses et ont du tempérament

Lorsque la relation est entamée : changement. Il aime faire souffrir et n’a aucune empathie pour la souffrance d’autrui.

Il est très séduisant pour le reste de l’entourage, personne ne peut aider la victime ni la croire !

Il sait très bien où ça fait

Il arrive ensuite à  culpabiliser sa victime, à  retourner la situation. Cela peut conduire à  la dépression et même au suicide de la

La victime peut perdre toute volonté.

La solution est de s’en aller. On ne peut pas le changer. La seule solution pour ce malade est qu’il demande à  se faire soigner. Pour cela il faut qu’il aille d’échec en échec et tombe dans la dépression. Alors seulement il demande parfois de l’aide. Seul le narcissique tombe plus facilement dans la dépression, rarement le pervers.

 » Les manipulateurs sont parmi nous » d’ Isabelle Nazare-Aga

 

  1. Il culpabilise les autres au nom du lien familial, de l’amitié, de l’amour, de la conscience professionnelle
  2. Il reporte sa responsabilité sur les autres, ou se démet des siennes
  3. Il ne communique pas clairement ses demandes, ses besoins, ses sentiments et opinions
  4. Il répond très souvent de façon floue
  5. Il change ses opinions, ses comportements, ses sentiments selon les personnes ou les situations
  6. Il invoque des raisons logiques pour déguiser ses
  7. Il fait croire aux autres qu’ils doivent être parfaits, qu’ils ne doivent jamais changer d’avis, qu’ils doivent tout savoir et répondre immédiatement aux demandes et questions
  8. Il met en doute les qualités, la compétence, la personnalité des autres : il critique sans en avoir l’air, dévalorise et juge
  9. Il fait faire ses messages par autrui
  10. Il sème la zizanie et crée la suspicion, divise pour mieux régner
  11. Il sait se placer en victime pour qu’on le plaigne
  12. Il ignore les demandes même s’il dit s’en occuper
  13. Il utilise les principes moraux des autres pour assouvir ses besoins
  14. Il menace de façon déguisée, ou pratique un chantage ouvert
  15. Il change carrément de sujet au cours d’une conversation
  16. Il évite ou s’échappe de l’entretien, de la réunion
  17. Il mise sur l’ignorance des autres et fait croire en sa supériorité
  18. Il ment
  19. Il prêche le faux pour savoir le vrai
  20. Il est égocentrique
  21. Il peut être jaloux
  22. Il ne supporte pas la critique et nie les évidences
  23. Il ne tient pas compte des droits, des besoins et des désirs des autres
  24. Il utilise souvent le dernier moment pour ordonner ou faire agir autrui
  25. Son discours paraît logique ou cohérent alors que ses attitudes répondent au schéma opposé
  26. Il flatte pour vous plaire, fait des cadeaux, se met soudain aux petits soins pour vous
  27. Il produit un sentiment de malaise ou de non liberté
  28. Il est parfaitement efficace pour atteindre ses propres buts mais aux dépens d’autrui
  29. Il nous fait faire des choses que nous n’aurions probablement pas faites de notre propre gré
  30. Il fait constamment l’objet des conversations, même lorsqu’il n’est pas là 

Quelques témoignages de personnes aux prises avec ce problème

Ces témoignages sont issus de forums internet. Les personnes concernées ne trouvent généralement pas d’écoute. Certaines d’entre elles s’expriment alors de cette manière. Ceci est un reflet d’une certaine réalité et d’une grande souffrance souvent cachée.

Temoignage 1

 » Pour ma part ce n’est pas tant la manipulation elle-même qui m’a blessée, mais bizarrement, que personne ne me croit. J’en suis venue à  douter, à  me dire que peut-être tout ça venait de moi, que je l’avais provoqué… « 

Temoignage 2

 » Je connais ce livre fort intéressant de MF Hirigoyen qui met des mots sur un état de fait inimaginable pour quelqu’un de sain d’esprit qui en est victime. Cela ouvre les yeux ! « Le pervers ne peut exister que par acte de prédation, en « cassant » quelqu’un. » ou mieux, en se délectant de le faire faire par intermédiaires… il n’a pas d’états d’âme. Ses attaques sont subtiles et invisibles aux yeux de l’entourage. C’est un MALIN ! (fin stratège plutôt intelligent mais malade). Le bourreau fera passer sa victime pour folle, si celle-ci se rebelle mais comme il ne laisse aucun témoin de ses attaques discrètes, de ses paroles subliminales ou contradictoires, aucun témoignage ne sera possible. Certaines paroles peuvent même paraître particulièrement bienveillantes ce qui les rend encore plus venimeuses…C’est une maladie bien connue des psychologues. Certains en ont même été victimes et leur conclusion est qu’on ne peut rien y faire si ce n’est de les éviter quand on les repère… (ils se préviennent entre eux. Quelques signes pour les « reconnaître » :

Leurs victimes sont choisies parce que pleines de joie de vivre (ce dont ils manquent donc ils vampirisent).

 

L’accroche se fait en se présentant comme étant en tous points d’accord avec la victime, une sorte d’idéal. (lune de miel) puis le travail de sape commence, avec réajustements constants pour ne pas perdre cette bonne proie. Méfiance, donc, il y en a de plus en plus ! « 

Temoignage 3

 » Merci pour cette synthèse! Cela m’a permis d’y voir plus clair sur ce que j’ai vécu ! Sur ce monstre que j’ai connu (les 30 points du début collent à  100% et le psychologue de son ex avait déjà  émis le fait qu’il était pervers narcissique en puissance) ! Le complément sur le forum de la personne qui n’a pas mis son pseudo est aussi très intéressant! Il fait en sorte que ses décisions soient les nôtres sous couvert d’amour ou de devoir ou autre valeur. J’étais quelqu’un de très souriante, une envie de croquer la vie malgré les dures épreuves… à  présent, je me sens vide. Sans mon entourage (qui a lui aussi été manipulé de main de maître!) qui a ouvert les yeux lorsqu’ils m’ont vu amaigrie et plus tard rouée de coups (j’ai lu quelque part que « le pervers narcissique tue lorsqu il n’a plus le contrôle (ou crois) sur la femme qu’il aime ou désire posséder »). Avant cela, tout le monde s’est fait prendre au piège! Car attentionné, au petit soins. Puis, lorsque j’ai commencé à  ouvrir les yeux, il m’a fait passer pour folle! Je pense qu’il faut noter la différence entre manipulateur et pervers narcissique, car beaucoup font l’amalgame! Un pervers narcissique est forcement manipulateur, mais un manipulateur n’est pas forcement un pervers narcissique. Devant les autorités, ce n’est pas non plus une mince affaire, car comme il est écrit sur l’article, les gens pensent à  un consentement de la victime… « 

Temoignage 4

 » J’ai envie de pleurer et de rire quand je lis enfin que ce que je vis depuis 4 ans n’est pas du délire. « 

Temoignage 5

 » J’ai vécu 10 ans d’enfer avec un pervers narcissique, nous étions mariés et avons eu 2 enfants! Il m’a naturellement tout fait! Pour sauver ma peau j ai fini par demander le divorce .La procédure a duré 5 longues années et j’ai du fuir (changer de pays) avec mes enfants pour survivre. Je n’ai jamais réussi a le démasquer (aux yeux de la justice et de la société c’est un homme équilibré et respectable car jamais de témoins); La justice pour me punir de ma fuite a confiée la garde des enfants au père. Ils ont 9 ans et 12 ans et sont désormais les victimes idéales. Maintenant que j’ai sauvé ma peau je tremble pour mes enfants! L’histoire recommence comme avec moi. J’ai remarqué que mes enfants se sentent coupables vis a vis de leur père pour tout! ils ont un estime de soi très bas et se surnomment tristement « les otages » je souhaite les aider à  se libérer mais je ne sais pas comment m’y prendre. Je ne crois plus à  l’équité et à  la capacité de la justice à  protéger nos enfants. Je voudrais par conséquent les aider autrement à  résister aux destructions de leur père. Je souhaite leur communiquer la force de pouvoir eux aussi le fuir à  la majorité et pouvoir se reconstruire  » ?

Temoignage 6

 » Je ne peux pas donner de conseils pour aller mieux. Moi ce qui me fait du bien c’est d’en parler, d’extérioriser pour prendre du recul et des forces « .

Temoignage 7

 » Même cultivé, le pervers narcissique a, selon moi, une grande faiblesse : il est incapable D’APPRENDRE. D’apprendre quoi que ce soit des expériences qu’il fait dans la bête réalité quotidienne. C’est là  son drame, je crois. Je dirais que c’est peut-être cette impuissance-là  qui en fait quelqu’un d’envieux des « petits » comme vous et moi, qui eux, ne font que ça : apprendre sans cesse, ne vouloir qu’apprendre, aimer apprendre « .

Un dernier témoignage

 

Extrait du livre de MF Hirigoyen :  » Les pervers narcissiques sont considérés comme des psychotiques sans symptômes, qui trouvent leur équilibre en déchargeant sur un autre la douleur qu’ils ne ressentent pas et leurs contradictions internes qu’ils refusent de percevoir. Ils « ne font pas exprès » de faire mal, ils font mal parce qu’ils ne savent pas faire autrement pour exister. Ils ont eux même été blessés dans leur enfance et essaient de se maintenir ainsi en vie. Ce transfert de douleur leur permet de se valoriser aux dépens d’autrui. Le pervers narcissique est souvent un séducteur. Mais la victime, la proie, me direz vous, elle l’a bien voulu, elle ne peut être que plus ou moins « complice » de son bourreau, pour en être arrivée là …(p127)

NON! Et c’est là  que M F Hirigoyen est intraitable !

La victime est victime au même titre que n’importe qu’elle victime d’abus. Elle a été manipulée et mérite « réparation », ou tout au moins qu’on l’aide à  sortir de la dépendance dans laquelle elle est tombée malgré elle. Cela passe par la reconnaissance du préjudice qu’elle a subi (ou subit toujours!). Car en général, le manipulateur « tue » sa victime en toute impunité, voire même avec l’approbation de ses proches, eux-mêmes manipulés ! Le pervers narcissique donne d’ailleurs souvent l’image d’un parfait équilibre et d’une bonne intégration sociale. Remarquons par parenthèse que le livre de M F Hirigoyen peut être complété par deux ouvrages:

« Les manipulateurs sont parmi nous » de Isabelle Nazare-Aga (édition de l’homme). Une analyse pragmatique de la manipulation. Et surtout: « La haine de l’amour » de Maurice Hurni et Giovanna Stoll (édition L’Harmattant) qui traite de manière assez savante (néanmoins lisible) de la relation perverse dans le couple.

Le pervers ne peut exister que par acte de prédation, en « cassant » quelqu’un. Il est souvent admiré, car ne se remettant jamais en question, il n’a pas d’états d’âme. Il apparaît ainsi, intouchable et d’une force inouïe. Sa force réside également dans le fait qu’il se persuade et persuade autrui (il connaît toutes les techniques diplomatiques ou manipulatrices), qu‘il agit pour le bien de sa victime, ou pour en protéger la collectivité qu’il a en charge.

Un complément très important sur le traitement du transfert

 

Nous ajoutons ici un extrait du livre  » Des agneaux en habits de loups  » écrit par Valerie J. Mdntyre, édition Raphael. Cet ouvrage chrétien a pour sujet le transfert. Voici ce que nous pouvons lire pages 98 à  100 :

Mauvaise application des modèles de conflit

L’erreur la plus courante, lorsqu’on fait face à  un transfert, est la tentative de résoudre le problème en utilisant un modèle de conflit centré sur la communication, et en faisant appel à  un médiateur.

Pour ce modèle, le succès dépend de la capacité des deux personnes concernées à  être objectives et rationnelles. Le transfert étant par nature irrationnel, le modèle ne sera donc pas efficace dans de tels cas. On gaspille d’innombrables heures en conversations et en discussions, tentant d’aborder les allégations qui proviennent d’obsessions mentales chicanières. Communiquer de cette manière ne fait qu’intensifier le problème. Le fait même de recourir à  un médiateur renforce le transfert, car cela donne du poids au mythe qui veut que le transfert soit :

  • un conflit dans lequel les deux parties en cause ont leur part de responsabilité,

  • une investigation objective des traits de caractère de la personne qui est la cible du

Engager un médiateur ne fait qu’aggraver les choses, en particulier pour celui qui reçoit le transfert. Tant que le transfert et les péchés qui en résultent ne sont pas reconnus et confessés pour ce qu’ils sont, il est impossible d’avoir des conversations réelles, objectives et propres à  résoudre le problème.  

« 

Conclusion

Commentant cette manière malencontreuse de faire face au transfert, Leanne Payne écrit :

 » J’ai constaté que l’incapacité à  comprendre les mécanismes du transfert (de la part de l’entourage de la personne concernée) est l’une des croix les plus lourdes à  porter lorsque l’on fait face à  ce problème. Qui plus est, lorsque ce manque de discernement est partagé par des chrétiens qui ont une position d’autorité, la maladie du transférant est souvent même encouragée, en quelque sorte. En réalité, cette incapacité à  comprendre le problème fait du transfert (le phénomène même qui devrait conduire la personne qui souffre à  la guérison) un fardeau intolérable pour ceux ou celles qui en sont victimes.

Certains pasteurs et dirigeants spirituels, profondément troublés et affectés par des transferts dans leurs églises, tentent d’y faire face non pas comme à  une question de transfert, mais comme à  un problème dont on discute interminablement et que l’on traite  » selon les écritures « . Il n’est pas rare que certains de ces pasteurs mettent tout leur poids en faveur de la personne qui opère un transfert et qu’ils diffament avec la même ardeur la cible de ces transferts. Il est affligeant de voir que même les psychologues et conseillers chrétiens se laissent prendre au piège. « 

 

Notre seul objectif, hormis de vous informer, est, de vous supplier, de ne pas minimiser la souffrance des personnes victimes d’êtres pervers (que le Seigneur placerait sur votre chemin), de savoir les écouter, de partager leur souffrance  » pleurez avec ceux qui pleurent «  (Rom12/15) et de tout simplement les aimer.

Evitez, si possible de leur dire  » Tais-toi, supporte, pardonne…arrête de te considérer comme une victime…  » Clichés par trop simplistes, qui ne les aideront en aucune manière, même si le pardon est, de toute façon, nécessaire.

Que le Seigneur vous conduise dans toute sa LUMIERE, et dans toute SA COMPASSION, lorsqu’un tel cas se présentera devant vous. Cette étude, à  vues humaines ne trouve pas de solution. Cependant nous avons un Père qui ne nous laisse pas orphelins. Ils vous conduira dans toute la VERITE et  » La VERITE vous rendra LIBRES  » (Jean 8/32).

A lui soit toute la gloire, DV